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Notre Bible, Comment nous est-elle parvenue ? (3 de 5)

Par ERSP | 29 juillet 2010

Les traductions anciennes dans d’autres langues.

Des traductions dans d’autres langues virent le jour dans les nouvelles communautés chrétiennes en copte (Egypte), éthiopien, syriaque (le nord de la Palestine), et—la plus importante de toutes—latine, le latin étant de plus en plus utilisé à l’ouest. Vers le milieu du quatrième siècle, il existait tellement de versions partielles et insatisfaisantes en latin qu’en 382 Damas, évêque de ROme, comma le célèbre érudit Jérôme afin que ce dernier effectue une traduction officielle. Afin de mieux remplir sa tâche, Jérôme s’établit en Palestine, où il vécut plus de vingt ans. Il étudia l’hébreu avec des rabbins réputés et examina tous les manuscrits disponibles. Cette traduction, dans la langue du peuple, la « vulgus », est celle qu’on appelle maintenant « la traduction Vulgate ». Bien que cette dernière ne fût pas immédiatement acceptée, elle devint par la suite le texte officiel de l’Eglise catholique romaine. Grâce aux copistes, la Bible se répandit avec le christianisme dans le monde occidental méditerranéen et dans l’Europe du Nord.
Les invasions des Goths et des Huns entrèrent en conflits avec le christianisme et détruisirent presque totalement la civilisation romaine. Au quatrième siècle, Ulfilas tenta de convertir ces hordes barbares et traduisit presque toute la Bible en langue gothique. Ce ne fut qu’une petite lumière dans un monde de ténèbres. Le texte de la Bible fut préservé pendant des siècles dans la tranquillité des monastères où s’étaient réfugiées quelques érudits. Il s’agissait de la Bible latine, habituellement de la version de Jérôme. Les plus anciens manuscrits de cette période sont très peu décorés, mais graduellement l’art de l’illumination, ou peintures vellum se développa dans les monastères. La plupart de ces manuscrits tardifs ont été copiés pour la noblesse et on les relia avec des couvertures de grand luxe. C’était des oeuvres d’art, et certainement pas pour les gens ordinaires.

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Image : illumination de la lettre « P » (mot—‘P’etrus) dans un manuscrit de la Bible du quinzième siècle. Source : wikipedia.org

Considérations sur la langue française.

L’unité de la France ne se fit pas avant le treizième siècle sous Philippe II. Avant cette unité, deux langues très proches l’une de l’autre se cotoyaient : au nord, la langue d’oïl, et au sud la langue d’oc qu’on appelle aujourd’hui occitan ou encore provençal. Avant l’annexion du sud, beaucoup de Juifs, de Grecs et d’Arabes y vivaient et enrichissaient ainsi la culture occitane. La Cabale (une philosophie religieuse secrète des rabbins juifs, basée sur l’interprétation mystique des Saintes Ecritures) prit naissance à Narbonne, dans le sud, au huitième siècle. La grammaire hébraïque a été développée par les Arabes entre le dixième et le douzième siècle. Le commerce était florissant avec la Grèce, particulièrement à Nice et Marseille.

Les premières traductions en langue d’oc et en français.

Elles sont nombreuses si l’on se fie à l’histoire de deux évêques (Milan et Turin) qui se firent rappeler à l’ordre par le Pape au huitième siècle pour avoir traduit les Ecritures dans la langue du peuple.
A la bibliothèque nationale de Lyon, on peut trouver une traduction du Nouveau Testament datant de 1039. Pierre de Veaux, un riche marchant de Lyon, contribua lui aussi à une excellente traduction en occitan au douzième siècle. Malgré le désaccord du Pape Alexandre III, de Veaux, mieux connu sous le nom de Pierre Valdo, vend tous ses biens, les distribue aux pauvres et entouré d’une bande de prédicateurs-mendiants, répand des traductions dans la langue du peuple. Il sera bientôt excommunié sous le pontificat de Lucius III (1184).
D’autre part, les rabbins traduisent souvent la Bible hébraïque oralement dans les synagogues. Mais avec l’unification de la France tous les Juifs se font massacrer dans le sud.
Au nord, aux environs de 1100, on retrouve deux traductions des Psaumes, des Livres de Samuel et des Rois en langue d’oïl.

Mais ce n’est qu’au douzième siècle, autour de 1190 que la Bible complète apparaît en français avec la paraphrase de la Vulgate par Herman De Valenciennes. En 1230, Louis IX, et ceci contre les voeux du Concile de Toulouse (1229) ordonne la publication de la Bible complète qui sera révisée au quatorzième siècle sur les ordres de Jean II et de Charles-Quint.
Vers la fin du Moyen Age, les traductions sont florissantes. On utilisera la traduction de Pierre Comestor pour la publication de la Bible Historiale de Guiard Du Moulin, la plus fameuse des traductions médiévales de la Bible (fin du treizième siècle) et l’un des premiers livres qui sera imprimé dans la langue française (1478). La plupart des traductions sont faites à partir de la Bible grecque des Septante.
Vers le début du seizième siècle, les traducteurs français retournent à la traduction latine appelée Vulgate. La fameuse Bible de Jacques Lefèvre d’Etaples (1528), ses Psaumes (1509) auront une profonde influence sur Martin Luther Révisée à Louvain en Belgique (1550), la Bible de Lefèvre connaîtra plus de 200 réimpressions. Il semble que la meilleure traduction à partir du texte hébreu, et de sa traduction grecque soit celle de Pierre Robert Olivétan (Neuchâtel, 1535), révisée en 1724. A partir de cette période, la plupart des traductions protestantes seront faites à partir de l’hébreu et du grec : Sébastien Castellio (Bâle, 1555), G. Diodati (Genève, 1644), qui sera une source d’inspiration pour la Bible janséniste de Louis Isaac Le Maistre de Saci (Paris, 1672-1695), un monument de la langue française. Bossuet traduisit le Cantique des Cantiques en 1695. Mardochée Venture, un Juif de Nice, publie les Psaumes, Job et les 5 livres (1772-1783) tandis qu’à Neuchâtel, Osterwald publie vers la fin du dix-huitième siècle la première traduction de la Bible sans les livres Deutérocanoniques (livres rajoutés en grec et non approuvés par les Juifs).

Source: Revue Parole, Vol. 1


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